Chronique 3

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La Tradition.

 

Introduction

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J’ai toujours aimé le taboulé. Bien frais, l’été, en situation de pique-nique ou de barbecue, c’est très rafraîchissant. Pendant des années, j’ai apprécié ce plat composé en grande partie de semoule. Mais un jour, dans un restaurant libanais, on m’a servi un taboulé traditionnel. J’imagine que je ne suis pas le seul à avoir été surpris de constater les différences majeures entre les deux versions. Les proportions herbes-sucres lents ont étées inversées et le bourghoul (terme d’origine) a été remplacé par la semoule.

 

Loin de moi l’idée, vous vous en doutez, d’introduire une chronique culinaire sur parisxxuechiryu.com . Ceci étant, le parcours du taboulé me semble être une image parlante de ce qui est arrivé à ce que nous appelons aujourd’hui  karaté . En termes de cuisine , cette évolution d’un plat traditionnel n’a que peu de conséquences. Les deux plats coexistent à présent et libre à chacun de préférer l’un ou l’autre.

En ce qui concerne les arts martiaux , qu’en est-il exactement?
On sait que les modifications ont étées nombreuses.
A la question de savoir si les occidentaux avaient bien digéré les arts martiaux orientaux, un de mes maitres a répondu que , peut-être , ils étaient encore en train de les « manger »…
Il est fondamental de s’interroger en permanence sur sa pratique. La tradition est souvent avancée comme l’argument ultime:  « C’est supérieur puisque c’est traditionnel » entend-on souvent. Mais qu’est-ce que la tradition ? La connaissons-nous vraiment? La plupart des pratiquants ne connaissent-ils pas qu’un taboulé martial? Et en quoi serait-elle concrètement supérieure à l’évolution?

 

Une idée fausse de la tradition.

Sur le fond comme sur la forme , les erreurs sont nombreuses .

1) La forme:

Le « kimono » a longtemps été l’erreur la plus répandue. Pendant des années , ce terme a été utilisé pour désigner la tenue d’entrainement. La plupart des pratiquants ont rectifié le tir, et l’on sait maintenant que l’appellation keikogi ou karategi en l’occurrence, est plus appropriée . Mais cette erreur sémantique corrigée ne gomme pas le fait que cette tenue N’EST PAS la tenue « traditionnelle » de la pratique . Comme on le sait, le karaté est d’origine chinoise. Plus particulièrement le style rapporté par kambun uechi est COMPLÈTEMENT chinois. Uechi n’a d’ailleurs à ce qu’on sait pas enseigné à Okinawa mais en Chine (à Fuzhou ) et à Wakayama, (Japon central).
Même quand son fils Kanei a commencé à enseigner à Okinawa, les tenues d’entrainement étaient en accord avec la météo locale, et l’on pratiquait donc dans une sorte de short blanc (un pantalon retroussé) , un peu comme en Muay Thai .

 

 

 

 

 

Pas de karategi donc , pour la simple et bonne raison que celui-ci n’existait pas sur l’ile. Comme je l’ai évoqué dans la chronique précédente, on doit cette tenue au maitre Gichin Funakoshi , que le shotokan révère comme maitre fondateur. Venu au japon pour faire connaitre cet art, il dut , la veille de la démonstration, à la hâte, coudre une tenue sur le modèle du judo, pour avoir l’air décent devant le butokukai .

Ces considérations vestimentaires pourraient paraitre secondaires, mais il n’en est rien. En effet, si l’habit ne fait pas le moine, le keikogi fait -un peu- la pratique. Le « claquant » de la belle toile coton des karategis (surtout ceux de la marque okinawaïenne la plus connue) constitue un vrai piège du fait de la fausse impression de puissance donnée. Un champion du monde de kata m’avait confié qu’il amidonnait ses tenues et les faisait retoucher par un tailleur(!!!…) Inconsciemment, il est très facile de confondre un bon « claqué » de la toile avec un réel kime. De ce fait , la course des techniques se modifie et l’accélération maximale n’est pas atteinte au bon moment. Le coup devient moins efficace. (Ceci a été démontré avec des mesures comparatives de puissance…). De plus, un temps mort de « satisfaction » peut se créer. Pour éviter ces écueils, mon frère et moi avions acheté nos keikogis au japon chez un fournisseur kyokushinkai dont les pratiquants échappent à ce piège (meilleure coupe et d’une toile plus fluide) . Il est par conséquent intéressant de réaliser ses entrainements personnels sans gi. C’est pour cette raison que de temps à autre, mes élèves quittent la veste. Certains maitres ont d’ailleurs modifié leur tenue d’entrainement par rapport à cette considération . Certains ont opté pour des toiles plus légères . M. Boutboul, qui avait conçu la tenue du yoseikan-budo de maitre Mochizuki, m’avait parlé de cet aspect . D’ autres ont décidé de tirer partie de la tenue comme maitre Henry Plée qui en avait conçu une masquant la respiration ventrale (c’est d’un grand intérêt martial). Du coup la couleur blanche n’est pas une obligation. Shinyu gushi, 10 ème dan de l’école Uechi, pratiquait parfois en noir jusqu’à son décès récent en 2012. Kanei uechi, le fils du fondateur et l’ »architecte » du style, a porté le noir aussi.

 

  

Maitre Gushi 10ème Dan Uechi Ryu

Kanei Uechi, l'architecte du style.

 

 

C’est d’ailleurs pourquoi, afin de signifier une forme de retour aux sources , de marquer une rupture avec les choix sportifs pris au niveau international, et enfin pour marquer le deuil de l’enseignement de Takemi Takayasu, vous verrez les yudansha du Uechi Ryu Evolution de la K!oteikai porter le noir.!

Signalons au passage le rôle de la ceinture. Actuellement , sa fonction est de montrer le grade . Or, le système des grades est récent . J’y consacrerai une chronique. En fait, la ceinture chinoise , plus large, avait un rôle réel ( maintien, énergétique…). La ceinture « vestigiale » a perdu son utilité initiale au profit d’un système de grades flou qu’il m’a été nécessaire de redéfinir.

Pour continuer sur la forme, il est amusant de noter que tout le cérémonial de début de cours, avec alignement des élèves et rituels de salut, n’est pas non plus traditionnel. Ces routines ont étées calquées sur les habitudes militaires des armées OCCIDENTALES. (Surpris, non?…).
Cette structuration date d’une période charnière de l’histoire du Japon. On peut choisir de continuer à pratiquer ainsi , mais quoiqu’il en soit , il faut avoir en tête que l’on s’inscrit alors dans une forme de modernité.

De la même manière, l’entrainement cadencé au rythme du compte du senseï connait la même origine. Mais dans ce cas le problème est réel. Il faut s’y adonner avec parcimonie. En effet, s’il permet de créer une émulation du fait des efforts simultanés du groupe, il n’est pas favorable à l’apprentissage technique. Celui qui maitrise se freine et celui qui découvre n’a pas le temps de s’attarder à certains points de détail de la technique. De plus, les différences anatomiques induisent des rythmes différents.

Cette façon de travailler correspond à la période de développement du karaté de masse (armée, école…) avec de grands groupes d’élèves, alors que la tradition plaçait le maitre face à 5 ou 10 disciples (« une main, voire deux »). Il y a 2 ans, j’ai constaté que cette militarisation à l’occidentale était toujours en développement. Lors d’un koshukai (stage international), certains pratiquants de Uechi-ryu d’une délégation étrangère pratiquaient des demi-tours militaires exagérés avec claquage de talon et tout le décorum associé ( avec un ton très « chef-oui-chef !» etc). Il existe probablement des réponses psychanalytiques à ces dérives ( Cela a déjà été analysé dans certains ouvrages) qui doivent certainement correspondre à un besoin d’être guidé, commandé, ou à un besoin d’appartenance . N’oublions pas que la voie martiale doit mener à l’éveil, à la libération, plutôt qu’à l’obéissance. C’est une voie d’épanouissement. Il est à ce niveau au passage révélateur que le terme sensei, signifiant « né avant », dans le sens « plus en avance sur la voie », ait donné « maitre » en occident. On passe de l’idée d’un guide, un modèle à imiter (techniquement et moralement), à celle d’un professeur-dominateur qui va inculquer.

Quittons la forme ( quoique…) pour le fond.

 

 2) Le contenu:

 

page3image12312Le karaté fait la part belle aux techniques de percussion ; c’est une évidence.

Mais rester vierge de toute connaissance dans les deux autres distances de combat que sont la lutte et le sol (sans compter la dimension des armes) est suicidaire. Maitre Takayasu rappelait souvent que nous devions être prêts à affronter toutes les autres méthodes de combat et les kumites à son dojo comportaient cette dimension. Or, c’est là la vrai attitude TRADITIONNELLE. En effet, une école d’art martial doit fournir à son adepte le vocabulaire pour répondre à toute situation. Même le judo de maitre Kano, la « voie de la souplesse » , comportait des réactions à des frappes à la base ! Les katas de judo sont là pour le rappeler.

Roland Habersetzer, 9ème Dan Hanshi, dont les connaissances encyclopédiques et les connections avec un enseignement direct du Japon au plus haut niveau sont notoires, définit le karaté ainsi:

« Le Karaté est la forme japonaise d’une technique de combat sans armes, mains et pieds nus ; c’est une forme d’attaque et de défense qui repose exclusivement sur l’utilisation rationnelle des possibilités naturelles offertes par le corps humain ; (…)Dans sa forme caractéristique le karaté est une escrime des bras et des jambes, les deux servant indifféremment à parer une attaque adverse ou à riposter ; il est complété par des techniques de luxations, de projections et de renversement ; en fait le karaté comporte tous les moyens pour la mise hors de combat d’un assaillant ; rien, aucun coup ni aucune prise, n’est interdit » (Karate-do ,1986, p. 15).

Maître Choki Motobu, (1870-1944), contemporain de Kanbun Uechi (1877-1948), célèbre pour ses combats de rue et pour sa victoire sur un champion russe de boxe anglaise, était considéré comme un des pratiquants ( le pratiquant ?) le plus redouté d’Okinawa, et il complétait son travail t!echnique par des saisies, luxations et projections venues d’autres disciplines .

Je tiens de la bouche d’un 9ème Dan (ça représente quelques années de pratique…) qu’à Okinawa , les anciens avaient mis en place la méthode de l’entrainement dans un grand tonneau (déplacements et fuite impossibles…) pour expérimenter le corps à corps!
A ceux qui seraient tentés de lancer l’objection réflexe « ça n’est pas du Uechi-ryu » ( je l’ai entendu! Décidément …) , je rappellerais que les katas de notre style indiquent l’étendue des situations envisagées. Une réaction contre un ramassement de jambes ( le double-leg du MMA) et d’autres contre une attaque au bâton montrent bien que le message est clair: il ne faut pas envisager que les percussions à mains nues

Mais il faudrait être bien naïf ou inconscient pour se limiter uniquement aux situations exposées dans les katas. Un travail complémentaire est donc nécessaire. Allez donc sortir de la position montée à partir du kata seisan…

Bien sûr, une mise en garde s’impose. Le travers possible quand on introduit la dimension de la préhension est de se livrer, par identification aux champions médiatiques du MMA, à la recherche du corps à corps. Par expérience , et mon frère pourrait se joindre à moi pour confirmer, rares sont les situations de combat en un contre un ou sans armes . Le corps à corps et le sol sont les situations à éviter et l’on doit s’y entrainer au cas où…Mais c’est vrai que l’ identification est un piège puissant et que l’on trouve parfois des pratiquants qui vont jusqu’à négliger trois frappes contrôlées au visage , ou qui pensent que leur cricoïde est blindé, juste pour le plaisir de saisir et d’aller au sol. Maitre Takayasu en était conscient et avait déjà formulé des rappels à l’ordre.

Pour continuer sur le contenu technique, il faut bien comprendre que tout art martial se constitue en fonction du contexte historique dans lequel il s’élabore. Par exemple, de nombreux étranglements du judo, issu du jiu jitsu, reposent sur la manipulation du col . Ces techniques sont très efficaces si le vêtement le permet. Elles ont étés élaborées à partir de la tenue alors en vigueur. C’est le pragmatisme de l’esprit « traditionnel ». A l’époque de D’Artagnan , la pratique de l’art martial impliquait de maitriser la rapière.

L’attitude « traditionnelle » est donc d’adapter la pratique au contexte. En ce sens, et d’une manière très pragmatique, la tradition implique l’évolution.

L’importance de bien garder un esprit critique!
Dans tous les cas, il est toujours important d’exercer sa sagacité et de ne pas se comporter comme un membre d’une secte.

Souvent , on entend des pseudo-traditionnalistes critiquer les sports de combat et leur opposer les fameuses valeurs « traditionnelles » des arts martiaux orientaux.
Mais il est important de noter ici que ces dites valeurs sont tout à fait modernes.
On pense souvent les arts martiaux avec une moralité calquée sur la morale judéo-chrétienne occidentale (la défense de la veuve et de l’orphelin des chevaliers chrétiens du moyen-âge…)

On oublie (ignore?…) qu’il était courant pour les samouraïs par exemple de tester leurs sabres sur les pauvres passants qui n’avaient rien demandé ! Un des premiers élèves de Jigoro Kano ( le créateur du Judo) , encore imprégné de cet esprit , avait d’ailleurs vérifié ainsi de manière tragique l’efficacité de ses techniques.(mort d’homme…)

A quelles valeurs cela correspond-il? Suivrez-vous cette tradition?
Le fameux Musashi notamment , probablement le samouraï le plus fameux, était connu pour ses coups fourrés (comme arriver en faisant semblant d’être malade à un duel et frapper par surprise…)
La voila la vraie tradition martiale japonaise.
Le fait de considérer qu’on pouvait s’élever par la pratique n’était pas à comprendre au sens des valeurs actuelles.
La structuration du Budo, qui est moderne et date de l’ouverture du Japon à l’occident, a amené ce changement.
Prenons un autre exemple.
Lorsque le karaté a commencé à être enseigné en occident, il était «traditionnel» de ne pas autoriser à boire pendant les cours. Cette rigueur largement inspirée de l’esprit kamikaze contemporain de l’élaboration du karaté moderne correspondait à l’idée de former rapidement un guerrier déterminé, sans peur, obéissant, prêt à se sacrifier.
On sait maintenant que cette privation d’eau est complètement catastrophique pour le corps, et les confidences que j’ai eues de la part de hauts gradés prouvent que les problèmes de santé induits sont réels.

Est-ce la bonne voie? Suivrez vous cette tradition?

Autre exemple encore.
Le professeur d’un de mes maitres lui avait confié que les règlements de comptes entre
« maitres » à Okinawa étaient vraiment violents, et que si une pierre trainait on l’utilisait parfois dans le crâne de l’adversaire.

Suivrez-vous cette tradition?
Comme vous le voyez, on est loin de l’image du maitre Miyagi de karaté kid!…

Les anecdotes sont nombreuses qui évoquent les comportements lamentables de certains maitres japonais déclenchant des bagarres de boite de nuit ou fracturant, ivres morts, le nez de leurs élèves sans raison. Remarquez, ils auraient tort de s’en priver , vu que sachant cela certains leurs déroulent toujours le tapis rouge et en font leurs maitres de référence, avec moultes courbettes, leurs permettant de délivrer stages et diplômes onéreux…

 

Suivrez-vous cette tradition?

 

Pour toutes ces raisons, il est nécessaire, quand on décide de s’investir dans l’étude d’un art martial et de suivre un courant, un maitre, de bien cerner dans quelle tradition il s’inscrit. Il faut comparer, ouvrir son analyse, car on devient qui l’on côtoie…

En quoi la tradition peut être vraiment supérieure ?

 

Par rapport à l’élaboration technique des arts martiaux , il faut impérativement faire preuve d’humilité.

Plus une école est ancienne, plus elle est le résultat des expériences réelles du champs de bataille. Une école est une compilation de découvertes de génie , sur plusieurs générations. Mais l’on dit souvent que lorsqu’on lui montre la lune, l’idiot regarde le doigt .

Et vu que la transmission dans le domaine des arts martiaux est très particulière, parce que souvent volontairement incomplète, souvent non verbalisée, l’essentiel n’est préservé que par ceux qui regardent la lune.
Mais cet essentiel existe.

La tradition est le résultat d’une série d’innovations, mais pas d’un bricolage aux motivations parfois non sincères ( commerciales…)
Les excentricités modernes (certaines ont beaucoup de succès en ce moment) sont soit, quand elles sont sincères, le fruit de créations intellectuelles qui s’écartent du réalisme de ce qui est possible, soit , quand elles ne le sont pas, motivées par l’égo (envie de laisser une trace) ou par l’appât du gain ( esthétisation , appauvrissement technique, politique du « plus d’élèves »..)

Sur la manière de générer la force par exemple, le style Uechi apporte des réponses techniques précises (les arcs des trois animaux…) qui démultiplient de manière technique la puissance d’impact.Il ne s’agit pas d’effectuer des mouvements de bras comme on le voit le plus souvent même au plus au niveau (de dan j’entends). Je l’avais abordé sommairement lors d’un stage cette année. Il est hallucinant de voir des pratiquants ayant des décennies de dojo continuer à vouloir améliorer leur développé couché ou leur vitesse pour frapper plus fort. Il est encore plus étonnant de trouver des maitres renommés parler de « l’esthétisme de la grue » et de la « force du tigre ». (mensonge? ignorance?)

De la même manière, en ce qui concerne une autre composante des arts de percussion (réussir à toucher), la tradition propose des astuces qui permettent de toucher quasiment à coup sûr. Il est impossible de les inventer en une vie. Et ces principes n’ont strictement rien à voir avec un travail de type « boxe »…Quelle perte quand certains courants les suppriment!…

 

ONKOCHISHIN

Ainsi, on le voit, la tradition est souvent mal comprise. On pense souvent que la respecter correspond à la stricte observance de la forme (cérémonial, tenue, situations envisagées…) alors que le fond (les principes profonds techniques du style pour réussir à toucher, toucher efficacement , s’adapter et s’améliorer en tant qu’individu), est abandonné . C’est souvent le cas dans d’autres domaines, comme bien sûr en religion, ou beaucoup s’acquittent des obligations formelles sans aucun travail sur l’intérieur…

Lorsque j’ai rencontré Takemi Takayasu , j’ai compris le sens du terme « maitre ». Je ne suis pas le seul . Un de mes amis proches, « frère d’une autre mère » comme nous nous appelons, entraineur d’une équipe nationale de karaté, m’ a avoué que Takayasu était LE SEUL VRAI maitre qu’il ait jamais rencontré. Au vu du parcours de ce pratiquant, cette appréciation représente beaucoup. Et je comprends pourquoi il a ce point de vue.!
A un niveau purement technique, sensei Takayasu était un vrai chercheur de vérité. Il avait choisi de forger son corps au maximum de ses capacités et n’évitait jamais l’exercice du combat, au cours duquel il analysait avec une admirable sincérité ses réussites,nombreuses, et ses échecs, rares.

page5image34480Il s’était fixé pour règle une pratique sans concession avec, conformément à l’esprit traditionnel de recherche d’efficacité en toute circonstance, l’introduction de techniques contre couteau ou arme à feu (Levez la main ceux qui disent que ça n’est pas du Uechi Ryu ? Personne?…)

Parallèlement à cet aspect martial, son travail sur lui même , en termes de courtoisie, de maitrise de soi, était exemplaire. Car en fait, ces progressions vont de pair. La maitrise de l’égo induit une amélioration des capacités de combat. (cf chronique 1).

Cet homme s’inscrivait donc dans cette tradition qui vise à l’amélioration de soi par la pratique martiale.
C’est cette voie qu’avec ceux qui me suivent, j’ai choisie.

De manière assez paradoxale donc, en guise de conclusion, on peut dire que la tradition japonaise contient l’idée de modernité. Cela est synthétisé par la phrase traditionnelle «温故知新 -(onko-chishin) » qui pourrait se traduire “développer de nouvelles idées à partir de l’étude des expériences du passé.”

Le Uechi Ryu Evolution de la Koteikai a choisi cette expression comme maxime de référence . ( Elle est complétée par un dojo-kun, dont je parlerai dans une prochaine chronique.)

Nous devons toujours nous interroger sur nos pratiques , qu’elles soient martiales ou non.

Et si on oriente votre pratique vers un kumite « lissé », sportif, si l’on vous conseille de faire un appel du pied pendant un kata, ou si l’on vous donne un mauvais exemple de conduite, fuyez…